Paul Valéry, variétés, poésie et pensée abstraite.

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Paul Valéry, variétés, poésie et pensée abstraite.

Message par Hughito le Sam 27 Sep - 10:15

Voilà en dernière minute une fiche pour la dissert de français, désolé pour le retard No
mais j'espère qu'elle sera quand même utile à certains.
Bon courage!




Variété V P.Valéry
« Poésie et pensée abstraite »




On oppose souvent l’idée de Poésie à celle de Pensée (particulièrement pensée abstraite).
Beaucoup croient que le travail de l’intellect ne s’accorde pas avec la naïveté, la grâce et la fantaisie de la poésie. La profondeur d’un poète semble bien différente de celle d’un philosophe. Certains pensent même que la méditat° sur l’art, la rigueur du raisonnement ne peuvent que le perdre ; «le poète doit avoir pour objet principal de désir la communicat° de l’impression d’un état naissant d’émotion créatrice […] qui puisse soustraire le poème à tte réflexion critique ultérieure. »

 C’est une antithèse que nous avons posée sans réflexion ; simplification de notre esprit.
Examinons.
Nous pensons avoir posé deux termes clairs : Poésie, Pensée abstraite.
Cependant il faut prendre garde aux premiers contacts de l’esprit avec un problème.
Une question nouvelle ne trouve que des termes étrangers, pleins de valeurs et associations accidentelles, qu’elle emprunte. Risque d’altération et d’abandon (inconscient !) du problème originel.
Remarque : un mot, parfaitement clair dans le langage courant, devient étrange, résiste aux tentatives de définition dès qu’on l’examine à part, seul. Ex : Temps. De moyen (ds une phrase), il devient une fin (objet philosophique).
Nous ne nous comprenons entre nous que grâce à la vitesse de notre passage par les mots. Si l’on s’arrête sur eux, le discours s’appesantit, devient obscur, énigmatique.

Mais comment penser, repenser, si le langage est considéré comme essentiellement provisoire ?
Long blabla sur le fait de se tourner vers soi-même, son état, son rationnel et irrationnel…
PV a observé lui-même des états qu’il nomme Poétiques, puisqu’ils se sont, pour certains, achevés en poèmes. Ils sont apparus par accident ; se sont « développés selon leur nature » et PV s’est « trouvé écarté quelque temps de son régime mental le plus fréquent ». Puis il y est revenu, ayant achevé ce cycle ; cycle fermé qui a « comme soulevé et restitué extérieurement une puissance de poésie », car un poème avait été fait.
D’autre fois un accident causait un écart de nature et de résultat tout autre. Ex : un rapprochement brusque d’idées le saisissait, « comme un appel de cor au sein d’une forêt fait dresser l’oreille ». Au lieu d’un poème, s’opérait une analyse de cette sensation intellectuelle subite qui s’emparait de lui. S’en détachait une proposition, une réflexion nouvelle…

Le poète n’est pas toujours incapable de raisonner, de même que le logicien n’est pas incapable de considérer les choses autrement que comme des concepts, etc. …
Plus encore, si le poète n’était que poète, « sans capacité d’abstraction et de raisonnement, il ne laisserait aucune trace poétique après lui. […] si chaque homme ne pouvait pas vivre quantité d’autres vies que la sienne, il ne pourrait pas vivre la sienne ».
Le même Moi fait des figures différentes, abstracteur ou poète, par des spécialisations successives, chacune étant un écart de « l’état purement disponible et superficiellement accordé avec le milieu extérieur, qui est l’état moyen de notre être, l’état d’indifférence des échanges ».
Posons maintenant ce problème : la Poésie est un art du Langage ; certaines combinaisons de paroles peuvent produire un ébranlement initial toujours accidentel , une émotion que d’autres combinaisons ne produisent pas, et que nous appellerons poétique.
Quelle est cette espèce d’émotion?

Tous les objets du monde ext et int (êtres, événements, sentiments) « demeurant ce qu’ils sont d’ordinaires quant à leur apparences, se trouvent tt à coup ds une relation indéfinissable, mais merveilleusement juste avec les modes de notre sensibilité générale ».
Ces choses connues changent de valeur, s’associent différemment de l’ordinaire, se trouvent musicalisés, comme harmoniquement correspondants, résonnants l’un par l’autre.
L’univers poétique ainsi défini présente de grandes analogies avec ce qu’on peut supposer de l’univers du rêve.
WARNING : Le rêve, la rêverie ne sont pas nécessairement poétique.

Cependant lors du rêve, conscience envahie par la production d’une existence dont les objets semblent les mêmes que ceux de l’état de veille, mais leurs significations, modes de variation sont tout autres et nous représentent les fluctuations immédiates de notre sensibilité générale, non contrôlée par les sensibilités de nos sens spécialisés. C’est à peu près de même que l’état poétique s’installe, se développe et se désagrège en nous. Cet état est inconstant, involontaire.
MAIS IL NE SUFFIT PAS POUR FAIRE UN POETE.
 De même il ne suffit pas de rêver d’un trésor pour le retrouver au matin près de son lit.
Le rôle du poète est de créer cet état chez les autre ; le ressentir lui-même, cela est du privé.
Le poète doit faire du lecteur un « inspiré ». « L’inspiration est une attribution gracieuse que le lecteur fait à son poète ».
Mais l’effet de poésie et la synthèse artificielle de cet état sont choses distinctes. De même la sensation diffère de l’action, qui est bien plus complexe que toute production instantanée, surtt lorsqu’elle doit s’exercer ds un domaine aussi conventionnel que celui du langage.
On voit ici l’émergence de PENSEE ABSTRAITE et POESIE. On y reviendra.

Paul Valéry raconte ensuite qu’il lui est arrivé une fois de partir en transe alors qu’il se baladait dans la rue ; il a ensuite réfléchi comme ceci : son rythme de marche s’est propagé jusqu’à sa conscience. L’énergie s’est dépensée en intuition rythmique, avant qu’il prenne conscience du fait qu’il ne savait pas la musique. La substance d’une œuvre musicale lui avait été donnée ; mais il lui manquait l’organisation qui l’aurait pu fixer.
Mallarmé : « Ce n’est point avec des idées que l’on fait des vers. C’est avec des mots ».
Il y a une modification qui s’interpose nécessairement entre la pensée productrice d’idées et les vers, discours bizarrement ordonnés, qui ne répondent à d’autre besoin que celui qu’ils doivent créer eux-mêmes ; ils ne parlent que de choses absentes et secrètement, profondément et secrètement ressenties. Discours étranges, faits par un autre que celui qui les dit, et s’adressant à un autre que celui qui écoute. C’est un langage dans un langage.

La poésie est un art du langage, cependant, celui-ci est une création de la pratique.
Ex : « Je vous demande du feu ». Les mots n’ont pas d’importance, mais sont prononcés avec un certain ton de voix, timbre… J’ai (PV) compris vos paroles mais ça ne s’arrête pas là. Le son se répète en moi, j’aime à redire cette phrase qui a perdu son sens, a cessé de servir mais qui peut vivre encore d’une tout autre vie.
Elle a pris une valeur, aux dépens de sa situation finie.
 Elle a créé le besoin d’ê encore entendue.
Ici nous sommes au bord de l’état de poésie.
Le langage peut produire 2 espèces d’effets très différents :
-il provoque ce qu’il faut pour annuler le langage même. Les paroles comprises sont abolies, disparaissent de l’esprit, pour être remplacées par des images, des relations… On possède alors de quoi les retransmettre ds un langage qui peut être bien différent de celui reçu.
Comprendre consiste à substituer un système de sonorités par autre chose, qui est une modification intérieure (ou réorganisation) de la personne qui reçoit.
Preuve : celui qui n’a pas compris fait répéter les mots.

La perfection d’un discours visant uniquement à être compris consiste dans al facilité avec laquelle la parole la constituant devient autre chose ; le langage, un non langage ; et ensuite si on le veut, une forme de langage différente de la forme primitive.
 La forme physique du langage ne survit pas à sa compréhension, elle se dissout dans la clarté.
Au contraire, dès que la forme sensible prend par son propre effet une importance qui l’impose, quelque chose de nouveau se déclare, qui nous transforme insensiblement, et nous dispose à vivre, respirer, penser selon un régime et des lois qui ne sont plus d’ordre pratique, et rien de ce qui se passera dans cet état ne sera résolu, achevé, aboli par un acte déterminé.
 On entre dans l’univers poétique.

Notion d’ « univers poétique » : notion semblable à celle d’univers musical.
Ex : L’ouie. Par elle on vit dans le monde des bruits. Mais l’oreille détache de ce chaos un autre ensemble de bruits remarquables et simples, qui lui servent de repères. Ces éléments ont des relatons entre eux qui nous sont aussi sensibles que les éléments eux-mêmes. L’intervalle entre deux sons par exemple, nous est aussi nette que les sons eux-mêmes. Ce sont des sons, qui font des combinaisons, des enchaînements intelligibles dans un certain sens.
ICI LONG DEVELOPPEMENT SUR LA COMPARAISON MUSIQUE POESIE ; MARCHE/DANSE. VOIR LA FICHE « PROPOS SUR LA POESIE ».

Symétrie entre le son et le sens ; métaphore du pendule qui oscille entre le point « rythmes, accents, timbres » et le point « valeurs significatives, images, idées ».

Indissolubilité du son et du sens. Semble impossible : les deux n’ont aucun rapport.
Affaire du poète : nous donne la sensation de cette union intime entre la parole et l’esprit. Formules magiques n’ont aucun sens (ex : abracadabra) leur puissance ne dépend pas du contenu intellectuel.

Exemple : Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Ce vers n’eut pas pu être fait dans un état d’esprit où la forme et le fond fussent proposés séparément. Au contraire, était dans une phase où son et sens ont une importance égale.
Cet état est rare car a contre lui les exigences (pratiques !) de la vie ; de plus il s’oppose à la simplification grossière des notations verbales. MAIS NE SUFFIT PAS A PRODUIRE UN POEME. Seulement des fragments. De même les pierres précieuses qui ne sont rien sans le travail d’un homme qui les assemble, les organise, les modifie.
De même pour un poème. La perfection du résultat cache le dur labeur ; mais il serait bien extraordinaire qu’un homme ait pu tout improviser, en un système suivi et complet d’heureuses trouvailles.

Tout poète est bien plus capable qu’on ne le sait en général, de raisonnement juste et de pensée abstraite. La plus authentique des philosophies n’est pas dans les objets de notre réflexion, tant que dans l’acte même de la pensée et dans sa manœuvre.
Il est arrivé que des poètes s’emploient à énoncer des thèses ou des hypothèses, usant d’une forme qui avait même puissance que le fond.

L’état du lecteur de poème n’est pas l’état du lecteur de pures pensées.

La pensée abstraite du poète (sa philosophie) s’exerce dans son acte même de poète.
Un poète est un architecte. Il assemble, travaille les matériaux précieux. Mais de même que l’architecte ne se compose pas de fer, bois, le poète est assez différent de ce qu’il est comme producteur des éléments précieux composant la poésie.

Un poème est une sorte de machine à produire l’état poétique

Dans aucun autre art, le nombre des conditions et des fonctions indépendantes à coordonner n’est plus grand.
Le poète s’éveille dans l’homme par un événement inattendu, un incident extérieur ou intérieur. Parfois quelque chose veut s’exprimer, parfois quelque moyen d’expression veut quelque chose à servir.  Dualité.
Ex : Le poème « le Cimetière marin » de PV a commencé par un certain rythme, en 4/6. Il n’avait pas d’idée qui dût remplir cette forme. Peu à peu des mots flottants s’y sont fixés, et un long travail commença.

Entre tous les arts, celui du poète coordonne le plus de parties ou de facteurs indépendants : son, sens, réel, imaginaire, la logique, la syntaxe, double invention du fond et de la forme… et tout ceci au moyen pratique, souillé, du langage commun, dont il s’agit de tirer une Voix pure, idéale, capable de communiquer sans faiblesse, sans effort apparent, sans faute contre l’oreille et sans rompre la sphère instantanée de l’univers poétique, une idée de quelque moi merveilleusement supérieur à Moi.

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Re: Paul Valéry, variétés, poésie et pensée abstraite.

Message par Alice le Sam 27 Sep - 10:36

encore le mot magique: merci!!!
moi qui ne me suis pas encore lancé en plein dans ma dissert, ca va bien aider!!

Alice

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Re: Paul Valéry, variétés, poésie et pensée abstraite.

Message par Hughito le Sam 27 Sep - 10:54

J'ai pas commencé Sad

Hughito
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Re: Paul Valéry, variétés, poésie et pensée abstraite.

Message par Rémi le Sam 27 Sep - 13:03

Merci Madame :O

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