Occupation Romaine au Maroc

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Occupation Romaine au Maroc

Message par Lilas le Sam 22 Nov - 16:15

J'ai cru comprendre que certains désiraient que je mette notre exposé en ligne; c'est à présent chose faite.

INTRO:

Les Romains appelèrent Maurétanie Tingitane, du nom de sa capitale, Tanger, la portion de Maroc qu'ils occupèrent ; ils la distinguaient par ce moyen de sa voisine, la Maurétanie Césarienne, ainsi désignée parce que sa principale ville était Césarée, aujourd'hui Cherchell. (On prendra garde au fait que la Mauritanie – avec un i –, est un État moderne qui n'a rien à voir avec la Maurétanie antique.)
Entre le IIe siècle avant JC et l'arrivée des guerriers arabes durant l'hégire, la région voit s'établir des relations durables avec l'Empire Romain, puis avec l'Empire Romain d'Orient. Présents dans de nombreuses villes, ceux-ci ont entretenus avec les populations locales des relations d'échange et parfois de conflits, imprimant un ensemble de valeurs respectées en Maurétanie Tingitane, allant de pair avec l'urbanisation.
Dès lors, comment s'est caractérisée la présence romaine au Maroc ?

I- Historique de l'interface
II- La vie dans la colonie (architecture, urbanisme, culture…)
III- marquée par la Paix Romaine et quelques conflits (éléments militaires, judiciaires, législatifs…)

I- HISTORIQUE DE L'INTERFACE

Après la fondation de Carthage, en 814 av. J.-C. d'après la tradition, des marchands puniques se dirigèrent vers l'extrême Occident, jusqu'à Mogador, aujourd'hui Essaouira, pour y installer des « échelles », des comptoirs. À la fin du IIIe siècle av. J.-C., les Berbères, qui avaient subi de fortes influences puniques dans tous les domaines, s'organisèrent en monarchie.
Le royaume maure de l'Ouest, tantôt uni au royaume de l'Est, tantôt séparé de lui, développa une civilisation originale mais mal connue, dans les domaines économique, social, culturel et religieux.
Lorsque les Romains arrivent vers le IIe siècle av. J-C., après la destruction de Carthage, ils sont d'abord alliés à ce royaume de Maurétanie, qui leur permet de lutter et de prendre à revers le chef numide Jugurtha.
La Maurétanie devient ainsi un royaume ami, un « état-client », qui, s'il dépend étroitement de Rome et prendra part à toutes les querelles internes de l'Empire, reste de fait indépendant même si, dès le règne d'Auguste le royaume voit l'installation de colonies romaines.
La Maurétanie passe sous administration romaine directe à la fin du règne de Caligula. Ce dernier élimina le dernier roi de Maurétanie, Ptolémée, en raison de sa participation possible à un complot destiné à le renverser. L'assassinat de Caligula, peu de temps après l'empêcha d'organiser cette prise de contrôle, et ce fut Claude qui transforma le royaume en deux provinces selon le tracé du fleuve Mulucha (Moulouya):
-à l'ouest la Maurétanie-Tingitane, avec Tingis comme capitale, sur un territoire correspondant au nord de l'actuel Maroc et le sud de l'Espagne contemporaine (Ceuta, Melilla, plazas de soberania);
-à l'est la Maurétanie-Césarienne qui tire son nom, comme sa jumelle, de sa capitale Césarée de Maurétanie (actuelle Cherchell) capitale de l'ancien royaume.
En Maurétanie Tingitane, la domination romaine se limite aux plaines du nord (jusqu'à la région de Volubilis près de Meknès) et l'Empire ne cherche pas à contrôler la région très fermement : il semble que les tribus berbères autonomes et pacifiques étaient imbriquées dans les possessions romaines. Pour autant Rome doit lutter sans cesse contre les Berbères montagnards.
Claude, se trouva en effet confronté à l'opposition locale : un affranchi de Ptolémée, Aedemon, suscita ainsi une révolte contre Rome, mouvement dont l'ampleur et la durée ont été diversement estimées. Mais la répression fut sans doute efficace puisque, dès 42, un nouveau gouverneur, Suétonius Paulinus, put mener une campagne, autant d'intimidation que de représailles, contre les nomades du Sahara.
Au IIIe siècle, l'Empire recule. C'est aussi le cas en Afrique du Nord et en particulier au Maroc : la Maurétanie Tingitane se retrouve réduite à la seule ville de Tingi et à la côte nord. Elle est d'ailleurs rattachée administrativement à l'Espagne. Les villes du sud sont toutes abandonnées, y compris la grande cité Volubilis. Au sud seul le port de Sala est conservé à l'Empire. Les raisons de ce repli sont mal connues : pression des berbères montagnards et du sud? Crise économique plus violente dans cette région? Affaiblissement dû aux conflits dynastiques de l'Empire avec l'épisode des Gordiens?
Pourtant, dès le IVe siècle, la Tingitane, comme l'ensemble du monde romain, reprit vie. Début Ve siècle, surgit alors une épouvantable catastrophe : des Germains, ayant franchi le Rhin dans la nuit du 31 décembre 406, se répandirent dans le sud-ouest de la Gaule et gagnèrent les Espagnes. Au cours du mois de mai 429, certains d'entre eux, les Vandales, entreprirent de traverser le détroit de Gibraltar. Ils ne ne s'attardèrent toutefois pas longtemps en Tingitane et prirent le chemin de l'est, pour atteindre Carthage en 439. Mais ce ne fut pas sans difficulté : ils se heurtèrent d'un côté à l'autorité d'un prince berbère de l'autre aux ambitions toujours vivaces des Wisigoths d'Espagne
L'irruption des Vandales laissa quelque temps les habitants sans aucune autorité autre que locale ; cet isolement géographique entraîna un affaiblissement des sédentaires au profit des semi-nomades, des romanisés au profit des Berbères. Enfin, les Byzantins firent passer la région sous leur autorité à partir de 534. Toujours présente et respectée, la romanisation, « c'est-à-dire la langue latine, le droit, les coutumes », connut toutefois un certain déclin, manifeste dans la diminution des inscriptions, qui témoigne d'un recul de l'écrit.
Avec l'arrivée des conquérants arabes, s'établit toutefois la vraie rupture historique : alors que le Maroc romain avait fait place au Maroc romanisé, le Maroc romanisé devait s'effacer devant le Maroc musulman.

II- LA VIE DANS LA COLONIE

A- Architecture :

-Assimilation rapide par les indigènes de l’organisation spatiale des cités romaines, cf vestiges de la ville de Thamusida, qui témoigne d’une organisation selon un plan orthogonal, dit hippodamien dont le centre est un temple consacré à Vénus + vestiges de la ville de Volubilis, où les archéologues ont pu clairement distinguer la présence d’un forum, de quatre édifices thermaux et de deux fontaines publics, approvisionnées en eau par les sources du Djébel voisin par un aqueduc; même les maisons des particuliers, au-delà des bâtiments administratifs, se couvrent de toits à double pente en tuiles romaines, et s’organisent autour d’un « atrium », pièce centrale de la maison, et d’un « impluvium », bassin au centre de l’atrium conçu pour recevoir et retenir eaux de pluie.

-Augmentation de l’urbanisation dès l’annexion en 42 ap JC, avec phénomène répandu de la création d’une ville autour d’une garnison romaine, cf Banasa qui aux débuts de l’occupation n’était qu’un camp militaire entouré d’un fossé, avant de prendre la configuration conventionnelle d’une ville romaine (forum bordé de portiques, basilique judiciaire, temple à six « cellae » partie close d’un temple romain où sont cachés aux regards les statues de divinités, etc...). Villes exercent alors une attraction très forte sur population rurale (contribuant à bonnes relations entre Romains et indigènes), cf Basana, cité de 3000 habitants dotée d’une demie douzaine de thermes, nombre impressionnant expliqué par grande affluence de partout dans la région les jours de marché.

-Dans les ruines : les traces de caractères locaux. Serait tenté de rapprocher les maisons particulières de Volubilis de maison classique (formée d'un atrium et d'un péristyle). On y trouve en effet cour centrale entourée de colonnes, comme dans maison italique. Mais tandis que celle-ci est caractérisée par côté axial, maison africaine comporte essentiellement vestibule de dimensions restreintes puis une cour,véritable patio, sur laquelle donnent toutes les pièces d'habitation et de service.

-(Bémol : même si ces changements de modes de vie furent bien accueillis par population locale, il n’en demeure pas moins qu’au retrait des Romains de la région en 285 vers Tanger, l’aqueduc ne fut plus entretenu et la ville se déplaça vers rivière, donc retour à une certaine tradition pour berbères).

B- Economie :

-Développement économique assuré pour Maurétanie Tingitane grâce aux débouchés commerciaux qu’offre l’ensemble de l’Empire Romain, sur lequel elle est désormais très ouverte, cf production de « garum », saumure très prisée comme condiment et largement exportée, qui supposait la pratique d’une pêche quasi industrielle.

-Transition d’une agriculture vivrière à une agriculture commerciale, cf exportation importante de l’huile d’olive, la plus populaire de tout le Bassin Méditerranéen à l’époque, et connue de nos jours par de nombreuses amphores.

-Avec prospérité économique, cités jouissent de statuts juridiques de plus en plus importants qui leur donnent beaucoup de privilèges, cf la ville de Sala, qui fut un temps municipe, avant de devenir colonie.

C- Socio-culturel :

-Maurétanie Tingitane également très connue dans le monde Romain pour son caractère exotique, car fournissait des fauves pour les combats des cirques et des bois de luxe aux notables des régions voisines; très vite, Maurétanie acquiert une place importante dans l’inconscient collectif, cf deux des exploits d’Hercule, sa victoire contre Antée, le fondateur de Tanger, les pommes d’or du Jardin des Hespérides, se seraient déroulés selon la légende à Lixus.

-Cohabitation harmonieuse entre les différentes communautés religieuses, cf vestiges de Volubilis, où l'on trouve aussi bien des statues de divinités indigènes (ex: Aulisua), de divinités orientales (ex: Isis, Mithra), la triade capitoline (Minerve, Jupiter et Junon) qu'une synagogue. À l'époque, syncrétisme de la foi assez répandu: les religions polythéistes, par nature peu dogmatiques, n'entrent pas en contradiction les unes avec les autres, et il est courant à l'époque qu'une même personne croit à divers dieux assez hétéroclites. C'est l'arrivée du christianisme qui va briser cet équilibre, et paradoxalement renforcer les liens entre les communautés, solidaires dans la lutte contre cette nouvelle doctrine très prosélyte.

III-LES RELATIONS ENTRE ROMAINS ET INDIGÈNES

-Relations entre indigènes et romains fortement marquées par le rapport au territoire et par la notion de propriété, cf but premier de l’occupation romaine en Maurétanie Tingitane de pouvoir offrir aux vétérans des arpents de terrain en remerciements de leurs services, (cf découverte de diplômes militaires gravés sur bronze attestant de l’identité des premiers propriétaires); le but n’est certes pas d’écraser la population locale, mais persiste quand même le problème des expulsions.

-Application de la Pax Romana pendant près de deux siècles, malgré de fréquentes insurrections de différentes tribus berbères, dont l’ampleur reste débattue entre les historiens, et qui se soldaient toujours par un accord (cf érection d’un Autel de la Paix, sorte d’abstraction allégorique divinisée).

-Participation des indigènes à la gestion de la province, notamment sur le plan politique, cf édit de Caracalla, 212, accorde le droit de citoyenneté romaine aux habitants libres de la colonie (cf Plaque de bronze, la table de Basana, commémorant le jour où un chef de tribu put réclamer la citoyenneté pour lui et les siens, lançant ainsi l’initiative + Arc de triomphe à Volubilis à l’extrémité du « decumanus maximus », voie principale, dédié par les indigènes à Caracalla en gage de reconnaissance; plus généralement, ce privilège accorde aux grandes familles une certaine liberté d’entreprise, cf impressionnants projets architecturaux à cette époque à Volubilis qui marquent l’apogée de cette ville).

-Apparence de bonne entente entre romains et berbères, cf correspondance entre l’État romain et le gouverneur procurateur « ducénaire » (appelé ainsi parce qu’il gagnait 200 000 sesterces par an de salaire), contredite par l’impressionnant investissement militaire déployé en Maurétanie Tingitane, cf découverte de listes d’unités gravées sur des plaques de bronze, appelées « diplômes militaires », qui permettent de dire qu’il y avait sur place 5 ailes de cavalerie et 15 cohortes d’infanterie, soit un contingent compris entre 5000 et 10 000 hommes + découverte des vestiges de 15 camps, répartis en 3 systèmes défensifs; tout au Sud, une défense linéaire appelée « Seguia Faraoun », analogue au mur d’Hadrien, partait vers l’est depuis Sala + camps de Thamusida et de Souk-el-Arba sur le Sebou + garnisons à Sidi Moussa bou Fri, Aïn Shkour et Tocolosida pour protéger Volubilis et sa banlieue

-Retrait net de l’occupation romaine au IIIe siècle, durant lequel toutes les villes du sud, y compris le grande cité de Volubilis sont abandonnés, et où seul le port de Sala reste en activité sous la pression des grands commerçants romains; les raisons de ce retrait, très disputées par les historiens (pression des berbères montagnards et du Sud? Crise économique plus violente dans cette région que dans le reste de l’Empire Romain? Affaiblissement dû aux conflits dynastique de l’Empire avec l’épisode des Gordiens), montrent en tout cas (de par la controverse même entre toutes les nombreuses hypothèses) que l’équilibre était précaire et les relations entre Romains et indigènes peut-être moins harmonieuses que ne le supposent les rares textes officiels sur le question.

-Après domination vandale en Maurétanie Tingitane, reconquête laborieuse du territoire par l’Empire Byzantin, qui aboutit finalement en 534 par les efforts répétés du prince Garmel, mais qui s’avère significatif des limites de la bonne entente entre occupants et indigènes : pour être « romanisés », les berbères n’en sont pas pour autant « romains ».

CONCLUSION:

Ainsi, s'établit au Maroc une cohabitation qui dure plus six siècles (IIe siècle avant JC ; IVe siècle) entre les berbères et les romains. Une cohabitation marquée par la Pax Romana. Caractérisée par échanges entre les deux populations avec toutefois forte influence des romains sur locaux.
Influence au niveau organisation sociale, architecture, économie...
Mais aussi lieu de conflit, nombreuses résistances de part des berbères de montagnes et du sud : présence d'une grande armée pour défendre.
Donc, interface entre deux peuples : paix et conflit mais dans l'ensemble transmission des romains aux locaux.




Voilà, j'espère que cela suffira; si vous voulez les liens des cartes et des photos, n'hésitez pas à réclamer! (là, maintenant, tout de suite, j'ai la flemme de les chercher, mais plus tard, qui sait...)

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Re: Occupation Romaine au Maroc

Message par Marie le Sam 22 Nov - 17:39

Merci!

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Re: Occupation Romaine au Maroc

Message par Hughito le Sam 22 Nov - 18:27

De rien

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Re: Occupation Romaine au Maroc

Message par Charline le Sam 22 Nov - 19:34

Justement je voulais vous demander de le faire mais si vous attendez même pas que je vous le demande et que vous lisez dans mes pensées c'est encore mieu! lol. En tout cas merci beaucoup.

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Re: Occupation Romaine au Maroc

Message par Gaïa le Sam 22 Nov - 23:40

même par ecrit ça va trop vite
hahaha
je suis trop marrante


































merci ^^

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Re: Occupation Romaine au Maroc

Message par Sarah le Dim 23 Nov - 20:44

merci de t'être donnée la peine de tout recopier sur le forum. je ne t'oublierai pas dans mes prières (XD)

Sarah

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